La fenêtre
La fenêtre
Très émue par la lecture toute particulière du livre intitulé “Le Minotaure”, écrit par Jean Pierre Schickele, l’un de ses proches amis et artiste peintre, Agnès Lavida nous livre sa vision très personnelle d’un passage du récit qui l’a extrèmement touchée, souhaitant ainsi rendre hommage à son auteur.
Ce récit, ce témoignage d’une vie, qui devait être au départ une psychanalyse personnelle, est un beau travail sur les blessures dont on peut reparler lorsque l’on s’autorise à revisiter son histoire par l’écrit.
Voici donc cet extrait, recueilli au fil des lignes :
“Le jeudi est le jour sans école et je me garde seul comme un grand dès l’âge de 6 ans. L’ennui crée parfois l’occupation et très jeune j’occupe les longues journées sans mes parents en maintes petites activités dont le ménage.
Je nettoie grossièrement l’appartement, mais pour un jeune enfant cela n’est pas si mal et puis après m’être amusé avec les quelques jouets disponibles, je me poste à la fenêtre pour regarder l’agitation des autres, des gens libres.(…)
A cette époque, je passe beaucoup de temps à la fenêtre, elle me paraît haute. Elle a une grande importance pour moi, c’est la porte d’accès vers l’évasion, où tout est possible, le rêve à portée de main. Une porte des étoiles avant l’heure.(…)
Parfois l’été je me penche pour voir la rue. Le vide est là, je n’ai pas peur, j’ai l’impression de dominer ce petit monde ignorant de ma présence d’observateur.(…)

La fenêtre est le rideau ouvert sur la scène de la vie. Ici tout est gratuit. Le scénario se déroule sans fin. il court au gré de l’imagination, à partir de faits sans explications. On peut broder sur les rencontres, les gesticulations, l’agitation du moment et continuer, une fois le passant parti, le déroulement de sa vie.(…)
De temps en temps par ma fenêtre je vois une jeune fille. Elle me fait des bonjours de l’autre côté de la rue, elle est belle ! Est elle enfermée elle aussi attendant l’heure du retour de ses parents ? (…)
Il est étonnant de s’apercevoir que la différence existe. Je croyais que la vie était la même pour tout le monde, je découvre rapidement que mon univers n’est pas la vie et que sous d’autres cieux l’on vit bien mieux.(…)
Depuis, ma paresse naturelle, dès que je le peux, me dirige vers la fenêtre, miroir du temps passé ou du rêve à venir. Je rêve toujours et je ne m’en prive pas.(…)
Je peins ce que je dois peindre, j’écris ce que je dois écrire, je dis ce que je dois dire. J’ai fait ce que j’ai à faire. (…)”.
“Le Minotaure“
Jean Pierre Schickele